
JOIGNEZ-VOUS À NOS CHRONIQUEURS ET EXPRIMEZ-VOUS SUR LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE, PARTICIPEZ À LA MOBILISATION.
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Par Olivier GAMELIN
Les manières de la rue
Comme l’eau entre les arbres
Ne laissent aucune trace sur la forêt vierge
Les jurons et le poids des bottes
Ne la tracassent guère
La Nature se dévoile aux êtres de sa trempe
Qui en pays de méconnaissance
Se sentent chez eux
Si la couleur des cheveux change
La coupe demeure Iroquoise
Et le respect semblable à une profession de foi
Voyer l’esprit primitif prisonnier de l’asphalte
Que l’huile du conifère libère tout à coup ! |
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La Forge
Par Olivier GAMELIN
J’aime les livres. J’ai toujours voulu devenir écrivain. Un grand écrivain, bien sûr. De la trempe de ceux qui abattent peu de travail mais vendent beaucoup d’ouvrages, gagnent des prix ou en décernent, voyagent à la solde des éditeurs, signent des autographes, discutent de leur vie privée sur les plateaux de télévision. Un écrivain classique, en somme, dans le sens contemporain du terme, c’est-à-dire qui marque l’histoire sans avoir besoin que les siècles ne confirment son talent. Un écrivain lu, mais surtout étudié de son vivant par les universitaires, décousu sous toutes ses coutures, socio-critiqué, psycho-analysé, psychanalysé même. Ha ! Trouver le mot juste, l’expression à propos, le verbe parfait ! Quel agréable passe-temps que celui du maître de plume qui tisse des phrases comme une dentellière ! J’ai toujours voulu devenir écrivain…
Ce désir fut chez moi inassouvi jusqu’au jour où les industries La Forge annoncèrent rechercher de nouveaux talents pour leur usine régionale. Curriculum vitae, veston, cravate, tête-à-tête, sourire, poignée de main et bottes d’ouvrier ; aussitôt engagé je me suis dis : « Ça y est, mon vieux, te voilà entré dans le milieu littéraire. Avec un peu de chance tu seras le prochain invité de Christiane Charrette, voire tu récolteras toi aussi – à l’instar de tous les autres grands écrivains – les commentaires dithyrambiques de Danielle Laurin. Pas tout à fait la gloire, mais presque. Grâce à cet emploi, je gravirai un à un les échelons menant au sommet de la vie littéraire ! » C’est donc l’espoir gonflé à bloc – on éclaterait à moins – que je me présentai à la porte de l’usine pour mon premier quart de travail.
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LA TRAPPE À L’OURS
Par Marc-André FORTIN
Conteur, Agrémenteur, Les Productions du Grand Parleur
De tous les coins du Québec, les gens se déplaçaient à pied comme en charrette pour venir à l’auberge de ce village. Au cœur même de ce bourg, l’auberge « La Trappe à l’Ours » accueillait bacheliers, voyageurs, cultivateurs, mais aussi notaires, apothicaires et militaires. De tous les métiers et uniformes, de tous les mœurs et costumes, chacun venait déguster le vin spécialement brassé par sa propriétaire, Nazarine Boitou, surnommée la « Femme Panache » ! Si certains ont le pouce vert pour jardiner, Nazarine a le nez rouge pour vignobler. Que ce soit du vin de raisin, de pissenlit ou même de pomme de terre, cette aubergiste de six pieds dix pouces savait agrémenter vos papilles. Des miliciens venaient déguster du vin d’oignon en savourant une soupe au brandy, des forgerons se déplaçaient pour son vin de fer et des bonnes sœurs faisaient leur chapelet tout en dégustant du vin d’eau-de-vie : d’où leur surnom de Sœurs Grises !
Ces allées et venues, ces entrées et sorties comme dans un moulin ont vite fait d’alerter Monsieur le Curé. Les rumeurs de bons vins, les murmures de longues veillées et les ouï-dire de grandes festivités ont fait déplacer le Curé Rougeau, par un beau vendredi midi, devant la grande porte d’entrée de la « Trappe à l’Ours ». Il y frappa quatre petits coups en signe de croix, puis entra. Il se dirigea au comptoir pour s’y asseoir. À ses côtés, bien campé sur un tabouret, bouteille de vin rouge devant lui, un ours, un vrai, ancienne vedette d’un cirque ambulant, cuvait sa coupe qu’il avait jadis gagnée. Ce dernier grommela des mots et rugissements incompréhensibles pour le curé, qui déduit que l’ours parlait donc en anglais.
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De colère et d’indifférence
Par Olivier GAMELIN
Je devais avoir 3 ou 4 ans lorsque je me suis envolé pour la première fois. Aujourd’hui que j’ai atteint l’âge de la raison et des poussières, je sais qu’il n’y a rien d’extraordinaire à cela. Je ne suis pas le seul personnage capable de s’élever dans les airs ; qu’on pense seulement aux triplets Noël, Joël et Citroën de Boris Vian et l’on conviendra de la banalité de ma situation. Eux peuvent voler, mais qui plus est entendre les arbres crier lorsque qu’on les coupe. M’enfin, je m’envolai alors de quelques centimètres à peine, d’abord étonné il va sans dire. Ma mère venait de me disputer pour je ne sais quelle peccadille, je maudissais le ciel de cette injustice mouillée par des larmes d’enfant, puis je m’élançai. Pris de peur et de vertige, je m’effondrai aussitôt. Ma première expérience entre ciel et terre. Aujourd’hui, j’ai compris que je m’envole uniquement lorsque je suis en colère. Ça m’aide à réussir mes atterrissages.
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LE PRINTEMPS ARABE
Par Olivier GAMELIN
La tempête se déchaînait depuis trente ans. De ces bourrasques sibériennes qui alourdissent le sol d’un tapis de verre qu’aucune fleur ne songerait à traverser. Un vent d’engelures qui lèche le visage comme une lame de rasoir. Déjà trente ans qu’on avait déposé sur notre pays une couverture de plomb pour l’étouffer au pis, au mieux pour l’obliger à s’endormir. Décor féérique pour l’étranger, tableau de carte postale, cela n’avait rien de très exotique pour nous qui endurions ce froid au cœur de la dépression. Trente ans que la neige recouvrait le territoire, les déserts de glace, les forêts, les lacs, les villes, les villages d’une merde immaculée, même la capitale où Ahmed et moi croupissions depuis deux ans dans une cellule de la prison centrale. Avec le temps, notre esprit et notre raison s’étaient engourdis sous cette courtepointe incolore et sans goût. Trente ans que les scientifiques s’étaient résignés, que les chercheurs ne cherchaient plus, que les philosophes ne se posaient plus la sempiternelle question : pourquoi l’hiver s’éternise-t-il ? Non. L’hiver avait décidé de notre réalité en établissant son incontestable état de fait. Depuis trente ans le ciel était gris, la volonté morte, les cœurs noircis par l’amertume, le désespoir silencieux comme la tristesse. L’hiver régnait en tyran, une menace constante se balançant au-dessus de nos têtes. Dans chaque école on avait accroché son portrait pour rappeler aux enfants abrutis de propagande leur chance de pouvoir apprendre les mathématiques bien au chaud.
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Le Cirque Orphelin
Parmi les débris d'une arrière-cour, entre les bidons d'huile usée et la tôle rouillée, dans un bric-à-brac d'objets esseulés, Les Sages Fous vous convient à un rendez-vous clandestin.
Deux ferrailleurs s'inventent un petit cirque pour se raconter les contes cruels qui peuplent leurs cauchemars et leurs fantasmes. Avec les objets recueillis aux quatre coins de la ville, ils fabulent un échappatoire onirique, bricolent un univers où paillettes et cendres s'entremêlent, élaborent un brouet de sorcière dans une poubelle...
Dans un coin sombre, à l'ombre des multinationales du divertissement, ils cherchent un ange sous les décombres. Comme dans un délire kaléidoscopique où s'entrelacent les histoires déconstruites, ils échafaudent des tableaux visuels et sans paroles qui évoquent la vie d'une troupe d'artistes de cabaret paumés, tout droit sortis d'un cabinet de curiosités macabre.
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L’EMPIRE
Fiction
Par Olivier GAMELIN
La salle de presse de l’Empire Corporation Inc. ressemblait à s’y méprendre à une salle d’attente d’hôpital : murs verts, relents d’ammoniaque, chaises inconfortables vissées en rangs d’oignons et où s’entassaient ce jour-là une centaine de journalistes. On avait construit à droite de l’entrée principale un comptoir de réception doté d’une vitre pare-balle et surmonté d’une enseigne lumineuse reproduisant le prix de revient d’un article, d’une chronique ou d’un fait divers. La responsable du tri, que tous surnommaient la secrétaire, accueillait les journalistes et classait leurs nouvelles sur une échelle de 1 à 5 selon leur importance. Elle invitait alors ces derniers à s’asseoir dans la salle d’attente pour les rappeler ultérieurement si leur nouvelle était choisie. Les scoops de première heure étaient promptement diffusés, alors que les informations classées 5 pouvaient attendre plusieurs jours. L’Empire Corporation Inc., un conglomérat multinational, contrôlait depuis un demi-siècle la majorité des médias du pays. Il avait ouvert ce guichet pour gaver à satiété et à moindre coût le flux d’informations continues distribuées par ses nombreux organes de diffusion. Un passage obligé pour tous ceux qui se déclaraient journalistes et souhaitaient vendre leurs papiers.
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