| Amusez-vous entre vous, les clowns ! |
|
|
|
|
Amusez-vous entre vous, les clowns !
Par Réjean BONENFANT 15 décembre 2011
Si l’on prend pour principe que l’histoire s’écrit au jour le jour, nous devons reconnaître que ceux qui étudieront l’histoire dans cinquante n’en finiront pas de démêler les écheveaux politiques de la période dans laquelle nous vivons. Les partis émergent, louvoient, se multiplient, se scindent… et disparaissent.
Je ne suis pourtant pas un dinosaure. J’ai vu apparaître plus d’une douzaine de partis politiques au cours de ma vie. Au Québec et au Canada. Plusieurs sont de vagues souvenirs pâlots qui ont pourtant enflammé les gens à leur époque.
La fonction pourtant noble de député a perdu de son lustre. Je me souviens de l’époque lointaine où un cultivateur du comté de Champlain avait été élu député dans les années cinquante. Ça fêtait dans les chaumières. Il s’agissait de Paul Lahaye, député conservateur au fédéral. La société québécoise étant encore passablement rurale à cette époque, les cultivateurs de partout étaient heureux qu’un des leurs les représente au fédéral.
Que reste-t-il de cette fonction de représentativité d’un député. Les lignes de partis ont pris toute la place. Lentement, la notion de pouvoir a aussi pris beaucoup de place. Les dirigeants mènent leur parti, leur gouvernement, comme étant un bien personnel. Et ce pouvoir est indissociable de cet autre pouvoir qu’est l’argent. Avec toutes les magouilles que nous pouvons imaginer.
Les configurations politiques, autant fédérale que provinciales, ont longtemps fonctionné selon les règles du bipartisme, ce qui n’est plus le cas actuellement. Les gouvernements minoritaires sont nombreux, ce qui n’est pas pour me déplaire. Dans de telles occasions, on se doit d’être à l’écoute des gens, de toutes les oppositions.
Durant les deux premiers mandats de Jean Charest à la tête d’un gouvernement minoritaire, nous l’avons vu tenir compte des désirs de la population. Il a reculé, à la satisfaction de tous, dans le dossier du mont Orford. Les temps ont bien changé depuis qu’il est majoritaire. Le parti, qui lui payait pendant longtemps un double salaire, est sa propriété. Il aura fallu que tout ce qui compte au niveau des individus et des institutions le désavouent avant qu’il ne daigne, comme un potentat de l’Antiquité, accepter l’idée d’une commission d’enquête sur la collusion dans le domaine de la construction et du financement des partis politiques.
Les deus premiers mandats de Stephen Harper à Ottawa ont été de la même eau. Les partis d’opposition auraient eu plusieurs occasions de défaire ce gouvernement enlisé à droite. Aucun parti ne l’a fait : des dizaines de députés, tous partis confondus, auraient dû dire adieu à leurs fonds de pension alléchants s’ils n’avaient pas complété leur deuxième mandat. Trop souvent, au lieu de voter selon leur conscience, ou de ce qui en tient lieu, ils omettaient de se présenter pour voter.
Profitant de conditions favorables pour lui, la performance de Jack Layton à Tout le Monde en parle, des attaques sournoises contre le Bloc Québécois, Harper a alors promis du changement. Et c’est tout un changement qui nous est tombé dessus. Les ex du Reform Party s’en donnent à cœur joie. On ne respecte plus le protocole de Kyoto, on devient réactionnaire face aux jeunes contrevenants, on refuse d’accepter la candidature de la Palestine à l’ONU, on recouronne une reine obsolète, on abolit le registre des armes à feu qui a été payé par les contribuables et qui leur appartient. .
On se dit que le mépris, comme le disait le cinéaste Arthur Lamothe, n’aura qu’un temps. Qu’un gouvernement, ça se change. Il y a parfois des retards qui se prennent et qui auront de la difficulté à ne pas laisser de traces indélébiles, comme celui du réchauffement de la planète.
Est-ce que Jean Charest pense vraiment nous faire un cadeau avec son plan Nord ? Où est l’urgence de brader nos ressources ainsi. Ces richesses seront encore là dans cinq ans, dans dix ans.
Les chefs politiques actuels agissent comme si le pays, comme si la nation leur appartenait. Aucune vision d’avenir pour les générations qui vont nous succéder. On crée de la richesse, ça c’est vrai, mais c’est de la richesse collective que l’on devrait s’ingénier à créer. Pas de la richesse individuelle camouflée dans des enveloppes brunes.
Un analyste a révélé récemment que les chefs politiques ne sont plus imputables de leurs actions. On préfère toujours regarder vers l’avant. Cela aurait commencé par le fameux pardon présidentiel de Gerald Ford à Richard Nixon. Depuis, on passe l’éponge. Ça prend des printemps arabes et des circonstances qui défient la raison –comme les trésors de la Mésopotamie que l’on a retrouvés chez Saddam Hussein- pour que la communauté internationale s’émeuve.
Y a-t-il encore quelqu’un qui croit vraiment que Sarkozy respectera sa parole et traduira l’ancien président français Jacques Chirac devant les tribunaux pour avoir usé de népotisme envers les gens de sa famille en leur donnant des emplois fictifs à la mairie de Paris ? On gagne du temps, on attend que le vieux monsieur ait des blancs de mémoire, bref on fait tout pour l’amnistier. Et ce procès n’aura naturellement jamais lieu. Comme les accusations de tortures autorisées par le président Bush ne seront jamais punies. Et l’on ose affirmer, en certains milieux, que la population est cynique.
Nous vivons une époque désenchantée. De nouveaux partis politiques ne cessent d’apparaître, comme ce mouvement caquiste de François Legault, comme l’Option Nationale de Jean-Martin Aussant, parti vers lequel semble se diriger l’ex-péquiste Pierre Curzy.
Replaçons tout cela dans la perspective que de moins en moins de gens se rendent exercer leur droit de vote, l’air de dire amusez-vous entre vous, les clowns. Au banquet de la souveraineté, quand elle adviendra, chacun voudra qu’on lui soit redevable à lui, à elle, de notre accession à l’indépendance.
Il faudrait peut-être veiller à ce qu’il n’y ait pas autant de partis qu’il n’y a d’électeurs. Actuellement, il y a beaucoup trop de grenouilles qui veulent être plus grosses que le bœuf.
|














