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ÊTES-VOUS « DEUXIÈME FRONT » ?

Une alliance redoutable : syndiqués et groupes populaires.

Par Fernand FOISY

LE « DEUXIÈME FRONT », MAIS QU’EST-CE DONC ?

Le JOURNAL LE VOLONTAIRE m’a demandé une série de six articles afin de vous expliquer, un peu, LE DEUXIÈME FRONT, car il semblerait que cette saveur de solidarité ouvrière serait de nouveau dans l’air du temps. Pour ce faire, nous retournerons aux années 60, alors que le monde syndical, la CSN, en particulier, tend la main aux mouvements de solidarité ouvrière, les groupes populaires, afin de faire FRONT COMMUN, sur la façon d’approcher les différents problèmes sociaux que vit à ce moment-là la société québécoise.

Malheureusement, à la lecture des deux principaux documents à la base de ce nouveau mouvement, on ne peut s’empêcher de conclure que : Plus ça change, plus c’est pareil.

DES BOULEVERSEMENTS SOCIAUX

Mais avant de se plonger dans le cœur de ce projet de société, faisons un survol des évènements qui ont servi de tremplin au DEUXIÈME FRONT.

2011 nous fait vivre « Le printemps arabe ». On nous annonce « un été mouvementé étatsuniens et israélien » et un automne chaud « québécois »...

Rien ne se perd, rien ne se crée… tout se transforme !

Autant les années entre 1960 et 1966 auront été les années de la « Révolution tranquille » au Québec (quel curieux nom pour une révolution), autant 1968 demeure l’année d’une série de révoltes sociales un peu partout sur la planète.

Ce sont les étudiants, généralement plus militants et plus conscientisés aux problèmes sociaux, qui partent le bal. Voici quelques évènements de la fébrile année 1968.

En février, c’est le printemps de Prague en ex-Tchécoslovaquie et à Rome les étudiants occupent l’université. Et dans la pure Amérique, en Caroline du Sud, trois étudiants perdent la vie lors d’une manifestation pour les droits civiques.

Plus tard en avril, des émeutes éclatent dans la plupart des grandes villes des USA, après l’assassinat de Martin Luther King.

Puis c’est « Mai 68 en France ». Le mot d’ordre, « Il est interdit d’interdire » est suivi parfaitement.

Pour ne pas être en reste, nous avons au Québec, le 24 juin, le désormais célère « Lundi de la matraque » pendant le défilé de la Saint-Jean-Baptiste, à Montréal. Trudeau provoque les manifestants et Drapeau se cache derrière lui. 290 personnes sont battues et arrêtées.

À Chicago, pendant le congrès du Parti démocrate, des manifestants étatsuniens s’insurgent contre la guerre au Viêt Nam et mettent en cause « The American Way Of Life ».

Afin de ne pas être en reste, le mouvement de libération de la femme aux USA, par le groupe des Radical Women, protestent contre l’élection de Miss America.

Mais c’est au Mexique que le sang coule à flot. Le 2 octobre, l’armée mexicaine ouvre le feu sur des étudiants rassemblés sur la place Tlatelolco, à Mexico. Le nombre de victimes n’est toujours pas connu, mais on l’estime entre 300 et 400 morts.

Toujours en octobre, la première marche de l’Association des droits civiques en Irlande du Nord est réprimée dans la violence à Derry. Presque simultanément, on assiste à des manifestations dans les principales villes du Liban pour soutenir la cause palestinienne.

Et j’oubliais presque, en janvier 1968, après une absence de près de dix années, Michel Chartrand fait un retour au syndicalisme d’action à la CSN.

Ces locomotives entrainent dans leur sillon une nouvelle pensée à la Confédération des Syndicats nationaux, la CSN. Un des conseillers du président Marcel Pépin, Pierre Vadeboncoeur, rédige à sa demande deux documents qui seront soumis aux délégués en congrès.

Le premier qui porte le titre évocateur d’Une société bâtie pour l’homme est adopté au congrès de 1966. Puis la suite logique, Le deuxième Front, un véritable plan d’action, sera à son tour présenté et adopté par les militants en congrès au Patro Roc-Amadour à Québec, en 1968.

En quoi consistent donc ces deux documents toujours bien de leur temps ?

 

UNE SOCIÉTÉ BÂTIE POUR L’HOMME

Afin de mieux comprendre UNE SOCIÉTÉ BÂTIE POUR L’HOMME, en voici quelques extraits. N’oublions pas que nous sommes en 1966 et non pas en 2011. Si vous y voyez certaines ressemblances…

Il y a certainement lieu de faire un procès de la société. Mais ce sera un procès où chacune des parties sera juge, et le procès sera général. Nous sommes convaincus, nous aussi, qu’il y a lieu à un procès; mais il devra être juste. Nous serons bien d’accord pour examiner les raisons pour lesquelles, dans une société comme la nôtre, il y a pauvreté au sein de l’abondance, disparités énormes des revenus, affectation sans contrôle des capitaux, montée exagérée des prix et souvent soumission pratique des gouvernements aux volontés d’un petit nombre de puissants qui prennent entre eux les plus graves décisions dans la plus parfaite indépendance à l’égard du public. Ceux qui se sont donnés pour mission, depuis un an ou deux, d’accuser les syndicats au nom du bien commun ne pouvaient mieux tomber : nous sommes d’accord pour nous placer au point de vue du bien commun pour essayer, avec eux si possible et sans eux si nous ne pouvons faire autrement, de chercher un peu les causes de toutes les difficultés économico-sociales auxquelles la population est en butte et qui retardent indument le progrès humain. À nos yeux, le débat est donc ouvert. Nous n’essaierons pas d’éviter les analyses que nous devrons faire de la situation.

 

LE DEUXIÈME FRONT

Deux années plus tard, en octobre 1968, les militants de la CSN font une réunion à Québec pour faire suite à UNE SOCIÉTÉ BÂTIE POUR L’HOMME et ils adoptent un véritable plan d’action politique : LE DEUXIÈME FRONT.

Je vous cite des extraits du programme afin de sommairement vous faire comprendre la portée de ce projet de société.

Autrefois, la lutte syndicale dans l’entreprise, parce que les syndicats étaient sauvagement combattus, était à la pointe de lutte pour la justice sociale. (…)

Aujourd’hui, le public soutient moins les revendications des travailleurs dans l’entreprise. Il juge ces revendications moins absolument vitales. (…)

Car en dehors de l’entreprise, l’injustice  et l’exploitation règnent librement. Le peuple organisé N’EXERCE AUCUN CONTRÔLE LÀ-DESSUS. (…)

Et le document poursuit en citant Comment on exploite sans entrave la population laborieuse.

En voici les têtes de chapitres : Le chômage, le logement, l’augmentation des prix et des profits, les « Compagnies de finance », le refus des mesures sociales, même le vote démocratique est indirectement contrôlé, la fiscalité, le scandale des médias d’information, les honoraires professionnels et le caractère individuel du service professionnel et les caisses privées de retraite.

On constate aussi que le problème social s’est déplacé : la population spontanément, indépendamment des syndicats, a déjà commencé à réagir fortement. COMITÉS DE CITOYENS, COALITIONS D’ASSISTÉS, LIGUES DE LOCATAIRES INTERVIENNENT.

Ce chapitre constate que : Aussi, dans le monde, le syndicalisme n’est plus à l’avant-garde des mouvements sociaux.

Quelles sont les solutions envisagées ?

L’action politique (autre action en dehors des entreprises : LES COMITÉS D’ACTION POLITIQUE), L’information populaire, l’action idéologique.

Choisissons maintenant quelques exemples des moyens à employer : la coopération, la résistance collective et organisée contre la hausse des prix, l’organisation de groupements de citoyens et participation à leurs luttes, la formation de militants en fonction des nouveaux objectifs, l’apport possible de certains autres services, l’action des syndicats sur le comportement de certaines entreprises d’intérêt public, la démocratisation des professions libérales, et les moyens d’information : journaux, ciné-clubs, bibliothèques, cinémathèque (et on pourrait ajouter, de nos jours : INTERNET ET LES RÉSEAUX SOCIAUX).

Et le document de la CSN, rédigé par Pierre Vadeboncoeur et signé Marcel Pepin de conclure : En somme, une orientation nouvelle majeure : OUVRIR UN DEUXIÈME FRONT. Je continue de citer : ce rapport ne veut pas être un ensemble de recettes, mais un appel. C’est la population laborieuse elle-même qui doit s’imposer dans l’histoire et bâtir la société qu’elle veut.

Je vous laisse sur ces propositions syndicales et nous verrons dans un prochain article, comment le Conseil central des syndicats nationaux de Montréal (CSN) et son président Michel Chartrand décident de passer à l’action en collaboration étroite avec tous les protestataires, tous les contestataires et tous les révolutionnaires, i.e. tous les groupes populaires organisés en dehors du mouvement syndical dans la grande région de Montréal et ailleurs au Québec.

POLITIQUE, TOUT EST POLITIQUE !!!

 

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Qui est Fernand Foisy ?

Fernand Foisy est un militant engagé depuis les années 60 autant en syndicalisme qu’en action politique. Précisons bien : action politique et non politique partisane. Il se dit socialiste et indépendantiste. Indépendantiste et non Souverainiste, comme il tient à préciser.

Après avoir milité à titre de vice-président au sein du Syndicat des fonctionnaires municipaux de Montréal (6,500 membres), en 1968, il devient Secrétaire général du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal, sous la présidence de Michel Chartrand. Puis, toujours en compagnie de Michel Chartrand, président du Conseil d’administration, en 1974, il devient Directeur du crédit à la Caisse populaire des syndicats nationaux, dite la Caisse populaire de la CSN. Il participe en 1983 à la fondation, créée par Michel Chartrand, la FATA, la Fondation pour aider les travailleuses et travailleurs accidenté-e-s. Puis il encourage Chartrand dans son pèlerinage pour la promotion du Revenu de citoyenneté. Fernand Foisy a aussi quatre ouvrages à son actif sur son vieux complice Michel Chartrand. C’est chez Lanctôt Éditeur que sort  en 1997 le premier livre sur Michel Chartrand qui a pour titre : Michel Chartrand : les dires d’un homme de parole. Lequel est suivi de deux ouvrages biographiques du grand homme. En 1999, Les voies d’un homme de parole (1916-1967) et en 2003 La colère du juste (1968-2003). Fernand Foisy a aussi compilé un autre recueil de citations de Michel Chartrand qui a été publié sous le titre de Sacré Chartrand.

Il travaille actuellement à la création d’une bande dessinée sur l’histoire du Québec : Le Québec, la vraie histoire ! L’histoire d’un p’tit peuple ben accommodant…- tome 1 : le Québec du Big Bang à 1920.